Il était à prévoir que la démarche de notre Association visant à aider les municipalités du Nouveau-Brunswick à déterminer une rémunération juste et équitable pour les élus qui siègent sur les conseils municipaux allait provoquer des débats et des réactions diverses. Il était également inévitable que certaines de ces réactions allaient prendre les teintes de ce populisme ambiant qui tire nos sociétés vers le bas. L’éditorial du Times and Transcript du 28 novembre intitulé « Politicians shouldn't give themselves raises » en est un bel exemple. En plus de jouer la carte populiste en critiquant les élus du conseil municipal de la Ville de Dieppe pour s’être accordé une augmentation de salaire, l’équipe éditoriale va plus loin, en ajoutant l’insulte à l’injure, en adoptant un ton paternaliste à l’égard des municipalités désormais reconnus comme un palier de gouvernement à part entière, lorsqu’il exhorte le gouvernement provincial d’intervenir.

Les faits
La Ville de Dieppe est la municipalité au Nouveau-Brunswick qui a connu la plus forte croissance depuis une vingtaine d’années. De 2000 à 2018, son assiette fiscale est passée de 770 millions de dollars à plus de 3 milliards de dollars. Les responsabilités du maire et des conseillers se sont accrus durant la même période, les dossiers sont plus diversifiés et complexes, les rencontres et les représentations plus nombreuses, les demandes et les sollicitations des citoyens ont connu une courbe similaire. Toutefois, la rémunération des élus n’a pas été revue depuis 1998, sauf pour l’ajout d’un facteur permettant de tenir compte de l’inflation en 2012. Ajouter à cela, en plus, la perte de l’exemption fiscale fédérale en 2019 qui entrainera automatiquement une diminution de salaire des élus. Sans trop d’étonnement, aucun éditorial n’est venu dénoncer cette situation et demander à qui que ce soit d’intervenir pour apporter un ajustement et offrir une rémunération décente aux élus municipaux.

Rémunération juste
Le travail effectué par notre association pour le développement d’un guide a permis de constater que les élus municipaux du Nouveau-Brunswick étaient parmi les moins bien payés au Canada, toute proportion gardée. À l’instar de Dieppe, plusieurs municipalités n’avaient pas augmenté le salaire des élus depuis 15-20 ou 25 ans. Parce qu’ils sont juges et partis en déterminant eux-mêmes leur salaire, tel que prévu dans la loi, les élus municipaux ont tendance à se garder une petite gêne et finissent très souvent par ne jamais toucher à ce dossier, contrairement à ce que laisse sous-entendre l’éditorial. Sauf que dans les dernières années, ce laisser-aller nous a rattrapé. Les élus réalisent que ce n’est pas raisonnable de consacrer tout ce temps et de faire autant de sacrifices; le jour, les soirs, les fins de semaine pour un salaire de quelques milliers de dollars par année en moyenne. Et que dire de la complexité des dossiers, du travail de préparations aux rencontres publiques et de comité, de la pression constante et des attaques personnelles et virulentes dans les médias ou sur les médias sociaux dont font l’objet les élus quand un dossier chaud est à l’ordre du jour. Bien sûr que la grande majorité sait dans quoi elle s’embarque avant de se présenter en politique municipale. Mais est-ce que cet engagement doit relever du missionnariat? Cette fonction ne mérite-t-elle pas une compensation juste et équitable? N’avons-nous pas plus de respect pour nos institutions démocratiques et ceux et celles qui acceptent de servir leurs concitoyens?

Santé démocratique et diversité
L’AFMNB travaille depuis quelques années sur des projets pour accroitre la participation des femmes et des jeunes en politique municipale. Pour les jeunes professionnels, une raison évoquée pour ne pas faire le saut en politique municipal est la faible rémunération et même, dans beaucoup de cas, la perte de revenus qu’occasionnera un tel engagement. Ainsi donc, depuis trop longtemps, la capacité de faire de la politique municipale constitue un luxe très souvent réservé à ceux et celles qui sont à la retraite, qui sont indépendants de fortune ou qui acceptent de faire un sacrifice financier, pendant quelques années, pour travailler à l’avancement de leur communauté. Est-ce réellement cette forme de représentation démocratique que nous souhaitions comme société? Que les postes de décision ne puissent être occupés que par ceux qui peuvent se le permettre financièrement? Sommes-nous bien servis à l’intérieur d’un tel système?

Je suis fier de dire que la réponse donnée à ces questions par les élus de notre association est « non ». Je suis également fier de voir de plus en plus de municipalités, dans toutes les régions de la province, s’attaquer à ce problème de sous-rémunération des élus municipaux en utilisant le guide que nous avons développé pour ce faire. Les arguments populistes et paternalistes, qui cherchent à effriter la santé démocratique de nos institutions ne doivent pas avoir le dessus sur le mouvement en marche. Les changements mis de l’avant permettront, ultimement, de contribuer à l’accroissement de la diversité au sein des conseils municipaux et à accroitre le respect et la dignité à l’égard de cette fonction noble qu’est celle d’élu municipal.

Frédérick Dion
Directeur général
Association francophone des municipalités du Nouveau-Brunswick

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